Jacques Ortis; Les fous du docteur Miraglia

Fiction & Literature, Action Suspense, Classics, Historical
Cover of the book Jacques Ortis; Les fous du docteur Miraglia by Alexandre Dumas, Consumer Oriented Ebooks Publisher
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Author: Alexandre Dumas ISBN: 1230000673365
Publisher: Consumer Oriented Ebooks Publisher Publication: September 20, 2015
Imprint: Language: French
Author: Alexandre Dumas
ISBN: 1230000673365
Publisher: Consumer Oriented Ebooks Publisher
Publication: September 20, 2015
Imprint:
Language: French

Il y a environ trois ans, au moment où j'écris ces lignes, comme je
sortais à minuit des coulisses de Saint-Charles, le portier du théâtre
me remit mystérieusement un billet parfumé qui contenait en pur toscan
cette laconique invitation:

«Si vous voulez connaître M. Alexandre Dumas, venez tout de suite
souper avec moi.

»C. M.»

Je traversai en courant les rues de Toledo et de Chiaïa, en homme qui
flaire une célébrité de premier ordre; je franchis d'un pas léger la
porte de l'hôtel _Vittoria_, et je me disposais à monter rapidement
l'escalier, lorsque je m'arrêtai tout à coup, frappé par une réflexion
passablement humiliante. Je ne savais pas un mot de la langue de
l'auteur de _Henri III_ et de _Christine_, et, d'un autre côté, je
connaissais parfaitement avec quel profond dédain les compatriotes de M.
Dumas traitent les langues étrangères, sous prétexte que Napoléon a
donné des leçons de français à tout le monde. Un moment je songeai au
latin, et je me crus sauvé. Mais mon illusion n'eut pas une longue
durée; car je réfléchis à la diversité des prononciations, et je me
rappelai avec une effroyable lucidité qu'ayant eu l'honneur, quelques
années auparavant, d'être présenté à sir Walter Scott, j'avais eu tant
de peine à comprendre son latin, que j'aurais presque mieux aimé qu'il
m'eût parlé écossais. Il ne me restait que la pantomime, langue
excessivement répandue, mais très-peu commode pour une conversation
littéraire. Je dois avouer, à ma grande confusion, que, cette fois, je
me trompais complètement sur la valeur philologique de MM. les Français.
M. Dumas me serra la main avec cette franche cordialité que tout le
monde lui connaît, et me parla en italien tout le reste de la nuit. Nous
causâmes musique, voyages, littérature; mon étonnement était au comble.
M. Dumas appréciait avec une si profonde connaissance les beautés
intimes de nos écrivains les plus éminents, que je ne tardai pas à
m'apercevoir que l'illustre dramaturge venait en conquérant nous enlever
quelqu'un de nos chefs-d'œuvre, et qu'il préméditait son coup avec
tant d'adresse, que personne ne pourrait l'obliger à la restitution.

La traduction des _Lettres de Jacopo Ortis_ prouve que mes prévisions
n'ont pas été trompées. M. Dumas a rivalisé dignement avec Foscolo;
Ortis lui appartient de tout droit: c'est à la fois une conquête et un
héritage.

La nature, qui se répète souvent dans le type des visages humains,
produit aussi de temps à autre des âmes qui se ressemblent comme des
sœurs; les intelligences jumelles se rapprochent, se devinent, se
complètent mutuellement. Alors, le poëte qui est arrivé le dernier dans
l'ordre des temps s'inspire de l'œuvre de son devancier; le même sang
coule dans ses veines, les mêmes passions gonflent son cœur: c'est la
transformation de l'esprit, c'est le magnétisme du génie. Dans ce cas,
le traducteur ne reproduit pas; il crée une seconde fois. M. Dumas n'a
eu qu'à tendre l'oreille; une voix vibra dans son cœur. Lequel, des
deux poëtes, a écrit le premier? C'est une affaire de date. Quant à
l'auteur français, pour voir s'il était dans les conditions favorables
pour produire une œuvre éminente, nous n'avons qu'à jeter un coup
d'œil rapide, nous ne dirons pas sur l'original, mais sur le sujet
qu'il a choisi.

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Il y a environ trois ans, au moment où j'écris ces lignes, comme je
sortais à minuit des coulisses de Saint-Charles, le portier du théâtre
me remit mystérieusement un billet parfumé qui contenait en pur toscan
cette laconique invitation:

«Si vous voulez connaître M. Alexandre Dumas, venez tout de suite
souper avec moi.

»C. M.»

Je traversai en courant les rues de Toledo et de Chiaïa, en homme qui
flaire une célébrité de premier ordre; je franchis d'un pas léger la
porte de l'hôtel _Vittoria_, et je me disposais à monter rapidement
l'escalier, lorsque je m'arrêtai tout à coup, frappé par une réflexion
passablement humiliante. Je ne savais pas un mot de la langue de
l'auteur de _Henri III_ et de _Christine_, et, d'un autre côté, je
connaissais parfaitement avec quel profond dédain les compatriotes de M.
Dumas traitent les langues étrangères, sous prétexte que Napoléon a
donné des leçons de français à tout le monde. Un moment je songeai au
latin, et je me crus sauvé. Mais mon illusion n'eut pas une longue
durée; car je réfléchis à la diversité des prononciations, et je me
rappelai avec une effroyable lucidité qu'ayant eu l'honneur, quelques
années auparavant, d'être présenté à sir Walter Scott, j'avais eu tant
de peine à comprendre son latin, que j'aurais presque mieux aimé qu'il
m'eût parlé écossais. Il ne me restait que la pantomime, langue
excessivement répandue, mais très-peu commode pour une conversation
littéraire. Je dois avouer, à ma grande confusion, que, cette fois, je
me trompais complètement sur la valeur philologique de MM. les Français.
M. Dumas me serra la main avec cette franche cordialité que tout le
monde lui connaît, et me parla en italien tout le reste de la nuit. Nous
causâmes musique, voyages, littérature; mon étonnement était au comble.
M. Dumas appréciait avec une si profonde connaissance les beautés
intimes de nos écrivains les plus éminents, que je ne tardai pas à
m'apercevoir que l'illustre dramaturge venait en conquérant nous enlever
quelqu'un de nos chefs-d'œuvre, et qu'il préméditait son coup avec
tant d'adresse, que personne ne pourrait l'obliger à la restitution.

La traduction des _Lettres de Jacopo Ortis_ prouve que mes prévisions
n'ont pas été trompées. M. Dumas a rivalisé dignement avec Foscolo;
Ortis lui appartient de tout droit: c'est à la fois une conquête et un
héritage.

La nature, qui se répète souvent dans le type des visages humains,
produit aussi de temps à autre des âmes qui se ressemblent comme des
sœurs; les intelligences jumelles se rapprochent, se devinent, se
complètent mutuellement. Alors, le poëte qui est arrivé le dernier dans
l'ordre des temps s'inspire de l'œuvre de son devancier; le même sang
coule dans ses veines, les mêmes passions gonflent son cœur: c'est la
transformation de l'esprit, c'est le magnétisme du génie. Dans ce cas,
le traducteur ne reproduit pas; il crée une seconde fois. M. Dumas n'a
eu qu'à tendre l'oreille; une voix vibra dans son cœur. Lequel, des
deux poëtes, a écrit le premier? C'est une affaire de date. Quant à
l'auteur français, pour voir s'il était dans les conditions favorables
pour produire une œuvre éminente, nous n'avons qu'à jeter un coup
d'œil rapide, nous ne dirons pas sur l'original, mais sur le sujet
qu'il a choisi.

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